Broderie traditionnelle

Regards sur la broderie traditionnelle

Aujourd’hui, j’aimerais revenir à mes premières amours, la broderie traditionnelle.

Premières amours parce que c’est la première technique que l’on aborde. Elle permet d’apprendre à broder sur un tambour sous cuisse ou sur pied, ce qui laisse les deux mains libres pour travailler alors autant en mettre une dessous, la main gauche, et l’autre dessus, la droite. C’est sans parler de l’avantage de broder sur un tissu parfaitement tendu qui facilite le travail, optimise la tension des points et évite au tissu de gondoler.

Amours toujours car la broderie traditionnelle offre une grande variété de points qui lui donne un caractère ludique.

D’ailleurs, je vous propose un jeu : Nommez au moins dix points de broderie traditionnelle. Je vous en donne trois pour commencer : le point de tige, le point avant, le point arrière et ? A vous de jouer.

Mélangez tous ces points avec de la couleur et broder devient un moment de concentration pour se vider l’esprit et trouver l’apaisement.

Un autre aspect non négligeable de la broderie traditionnelle est sa capacité à s’adapter à tous les styles, à toutes les époques. Vous pouvez jouer à reprendre un dessin et laisser libre cours à votre imagination quant à la façon de le remplir.

C’est pour toutes ces raisons que je propose toujours aux brodeuses débutantes de commencer par cette technique.

Les photos suivantes sont un aperçu des modèles de broderie traditionnelle proposés en cours.

Le premier sujet est issu du projet Gutenberg, il s’agit d’un motif de feuille du XVIIème siècle initialement prévu pour être travaillé à la laine en broderie Crewel.

Le second modèle est un grand classique qui reprend des motifs floraux et quelques insectes. C’est le sampler qui est le plus complet en nombre de points et permet d’acquérir une bonne autonomie pour travailler sur ses propres projets ensuite.

Le troisième regard est dans l’air de notre temps,  »tendance » est le mot utilisé dans le monde de la mode. Le motif est inspiré des têtes de mort mexicaines. Sans doute en avez-vous croisé en chinant du tissu imprimé pour vos dernières créations.

Ca donne envie, non ? Et si vous saviez combien il existe de variantes pour chaque point. De quoi se régaler.

Au fait, j’allais oublier, voici dix points de broderie traditionnelle :

  • Point de chausson
  • Point de chaînette
  • Point de feston
  • Point de Palestrina
  • Point de noeud
  • Point d’épine
  • Point de mirliton
  • Point de Pékin
  • Point de mouche
  • Point de sable

Après cela, je ne peux que vous souhaiter de passer un agréable moment à broder.

Broderie blanche

Richelieu

Je m’aperçois que dans les précédents articles ICI et LA , j’ai mentionné à plusieurs reprises la broderie Richelieu mais ça ressemble à quoi au juste ?

Je vous propose de commencer par un petit tour d’histoire.

Cette broderie blanche est originaire d’Italie où elle portait le nom de ‘’Broderie Renaissance’’.

White Embroidery - Chapter V - Encyclopedia of Needlework ...
Broderie renaissance tirée de l’Encyclopédie des ouvrages pour dames de Thérèse de Dillmont

Elle est caractérisée par des motifs classiques, souvent floraux, bordés de points festonnés et entourés de jours traversés par des brides.

Catherine de Médicis, d’origine italienne, entre à la cour de France lorsqu’elle épouse de Henri II en 1547 et amène avec elle l’art italien. Son fils, Louis XIII prend la succession du trône et son premier ministre, Richelieu (1585-1642), porte ostensiblement de la broderie blanche sur ses vêtements, au point de lui donner son nom.

Du XVème au XVIIème siècle, la broderie et la dentelle atteignent leur apogée. Elles font partie des signes extérieurs de richesse indispensables dont se parent la famille royale, l’Eglise, les hauts dignitaires et la grande bourgeoisie.
Elles étaient bien sûr fort coûteuses et certains étaient prêts à se ruiner pour leur ‘’image de marque’’.
Les pièces brodées et les dentelles étaient importées d’Italie mais Colbert, ministre de Louis XIV, veut empêcher la fuite des devises françaises à l’étranger et relancer l’industrie française. Il fait donc venir des brodeuses d’Italie afin de lancer un nouveau commerce sur le sol français et crée de nombreuses écoles et ateliers. Les couvents seront également de grands lieux d’enseignement.

Pour reconnaître une broderie Richelieu, il existe plusieurs indices infaillibles :

  • Il s’agit de broderie blanche, donc une broderie à fil blanc sur un tissu blanc
  • C’est une broderie à fils coupés où les formes sont libres et non soumises à la géométrie des fils de trame ou de chaîne comme dans les jours à fils tirés
  • Tous les bords des jours sont renforcés au point de feston
  • Ces jours sont reliés entre eux par des brides festonnées

La broderie Richelieu est donc indissociable du POINT DE FESTON.

Le point de Feston - Lana Créations Le Blog
Point de feston

Voici un gros plan sur lequel on voit distinctement le bord festonné avec ce petit bourrelet caractéristique et l’espace où le tissu a été découpé est agrémenté de brides également festonnées qui redonnent de la rigidité au tissu.

Voici un premier visuel avec l’ouvrage que je propose en cours pour aborder cette technique. Il s’agit d’une pochette brodée sur un tissu de lin avec du Broder Spécial n° 25. Il permet d’aborder tous les points techniques liés à la broderie Richelieu afin d’acquérir l’autonomie pour aborder ensuite le projet de votre choix dans cette technique.

Je vous propose quelques visuels de broderies Richelieu :

Modèle milieu du XXème siècle agrémenté de dentelle aux fuseaux au centre
Partie centrale d’un modèle publié dans la Broderie Lyonnaise dans les années 1910 et réalisée en couleur
Vêtement brodé

Nouveau sauvetage

Cette fois-ci, l’histoire se passe en cours.

Hélène a un joli chemisier brodé du commerce sur lequel le coiffeur a fait tomber une grosse goutte de produit dans le dos qui a créé une tâche de décoloration.

Elle l’a amené en cours pour discuter de son projet de broderie pour masquer la tâche. Chacune a proposé différentes solutions et le choix final appartient bien sûr à Hélène.

Voici une photo de la manche du chemisier qui a servi de base à la discussion :

Voici en résumé les différentes propositions concernant la broderie à faire sur la tâche :

Broderies ajourées : plus long et plus fragile mais en accord avec le style de manche

  • Broderie Richelieu : techniquement inadapté car en Richelieu on évide autour du motif
  • Broderie anglaise : les feuilles et les pétales sont trop grands
  • Broderie Cilaos : pourquoi pas, cela pourrait faire de jolis pétales
  • Broderie avec des grilles : c’est tout à fait faisable

Broderies non ajourées : plus solide

  • Broderie Cilaos : on peut la travailler sans découper le tissu
  • Plutôt que de faire des grilles ajourées, partir sur des grilles tissées ou du treillis
  • Broderie bretonne
  • Broderie traditionnelle

Comme toujours, heureusement, les copines ont plein d’idées et maintenant il faut choisir.

Laquelle est la meilleure ? Celle qu’Hélène choisira bien-sûr.

Elle a opté pour BRODERIE TRADITIONNELLE et TREILLIS.

Première étape : redessiner un motif en s’inspirant de la broderie de la manche. Elle a repris celui sur la gauche de la manche.

Deuxième étape : représenter la broderie choisie sur le dessin pour avoir une idée du rendu final.

Troisième étape : décalquer le dessin sur le chemisier

Quatrième étape : broder

Et voilà une tâche bien cachée. On l’aperçoit au milieu, entre la feuille et le pétale.

Mission accomplie, Hélène va pouvoir reporter sa chemise.

Vêtement brodé

Réparer la cata

Maintenant que le problème est , il faut songer aux solutions.

En cours, quand un problème de choix se pose à une élève, j’aime bien arrêter le cours, poser l’ouvrage au milieu de la table pour expliquer le problème à toutes les élèves et chacune apporte sa contribution.

Les copines sont neutres, elles n’ont pas la désagréable impression d’être en échec et, en plus, elles vont apporter plusieurs solutions. Bref, c’est tout bénef. Ca donne des idées aux copines pour leurs prochains  »malheurs » en broderie, ça soude le groupe et ça redonne de l’énergie à celle qui était dans l’impasse.

J’en ai donc parlé avec plusieurs copines. La meilleure réponse était :  »La prochaine fois, tu fais nettoyer au pressing ! » Promis, c’est enregistré.

Autres solutions :

  • Porter le chemisier tel quel
  • Recommencer toutes les feuilles en relief
  • Détacher toutes les feuilles du chemisier et faire un bourdon ou un point de feston
  • Festonner directement sur les feuilles sans les enlever

Je ne peux pas porter le chemisier tel quel car ce serait la honte de montrer une broderie dans cet état. D’un autre côté, recommencer à zéro toutes les feuilles à raison de trois heures en moyenne par feuille, je n’en ai pas le courage.

Reste la solution que je n’avais pas choisie au départ : festonner le bord des feuilles comme en broderie RICHELIEU.

Je ne pense pas que le fait de les enlever du chemisier me facilitera le travail donc je pars sur la dernière solution.

Par contre, il est évident que chaque feuille reste très fragile. Voilà qui amène de nouvelles contraintes :

  • Utiliser un fil très fin : le Sulky de Gutterman que j’avais déjà utilisé devrait faire l’affaire
  • Utiliser une aiguille la plus fine possible
  • Ne pas trop serrer les points
  • Ne surtout pas déchirer le tissu qui a servi de support
  • Insérer les points de feston dans les points de peintures à l’aiguille en respectant bien l’inclinaison des points

Il faut se lancer. C’est parti !

Pour une fois, cela veut dire travailler sur le doigt car impossible de placer un tambour. En plus, je dois faire attention à ne pas piquer dans le tissu du chemisier. Finalement, ce n’est pas toujours facile d’immobiliser la feuille et de faire des points de feston réguliers mais dans l’ensemble, cela reste faisable.

Après avoir terminé ma première feuille, il me faut prendre du recul et faire la part des choses. Certes, le travail n’est pas irréprochable mais quand je regarde le chemisier avec un mètre de recul, cela ne choque pas. Entre ça ou recommencer 29 feuilles à raison de trois heures par feuille, je vais me ranger au point de feston qui me demande 20 à 40 minutes par feuille.

Après quelques heures passées à festonner, voici le résultat :

Mission accomplie et chemisier réparé. Merci les copines pour les encouragements et les idées.

Vêtement brodé

Chronique d’une catastrophe annoncée

Vous souvenez-vous du  »Projet chemisier » ? Il consistait à faire un chemisier et surtout à le broder pour le porter à un mariage et j’ai régulièrement publié des articles au fur et à mesure de son avancement pendant plusieurs mois depuis septembre 2019 jusqu’en mars 2020.

Comme tout projet de création, cela soulève des questions, des doutes et du temps pour faire et refaire mais quand le projet aboutit enfin, c’est une source de grande satisfaction et, avant tout, cela est très formateur pour les futurs projets.

Le mariage était donc prévu pour avril 2019… Bien évidemment, je vous laisse deviner la suite… Corona oblige, il a été annulé.

J’ai finalement eu l’occasion de le porter pour les fêtes de fin d’année. L’occasion était trop belle !

Grand dilemme après les fêtes :

  • Dois-je ranger l’habit sans le nettoyer ? Bof, cette idée me déplait
  • Puis-je le laver en machine avec le programme laine ? J’ai peur du résultat
  • Puis-je le laver à la main ? Oui, si je fais très attention.

Et c’est comme ça que commence une catastrophe.

J’ai donc lavé le chemisier en prenant mille précautions pour ne pas le tordre, ne pas frotter mais laisser tremper, rincer en manipulant le moins possible puis le sécher bien ajusté sur un cintre. Et arrive le moment du repassage, sur l’envers bien sûr et sur une couverture.

Horreur, malheur, c’est la cata ! La broderie n’a pas supporté le lavage.

Le point de chainette travaillé au crochet de Lunéville pour renforcer mon serti était une mauvaise idée car pas assez solide. J’avais choisi cette solution car je la trouvais esthétique et plus rapide que le point de feston qui est la technique conventionnelle pour renforcer le bord du tissu avant de le découper. C’est le principe de base de la broderie RICHELIEU.

Le temps d’avaler la pilule, j’ai préféré oublier le chemisier. Une copine m’a donné la solution que je n’ai pas évoquée plus haut : quand on a un habit fragile, on va voir la dame du PRESSING !

Trop tard, je vais devoir réfléchir sérieusement au problème…

La colère et la déception sont mauvaises conseillères. Je vais donc essayer de trouver d’autres solutions que ma première idée : la poubelle !

Sites à visiter

Le Temps de Broder

Au décours de mes déambulations sur Internet et plus particulièrement sur Instagram, j’ai eu le plaisir de croiser des informations sur la broderie or.

Si l’histoire de cette technique vous intéresse et que l’article sur  »la broderie or au Moyen-Age » (ICI) vous a plu, alors n’hésitez pas à visiter le site :

https://www.letempsdebroder.com/

Ce superbe site se résume lui-même ainsi :

Conçu pour les brodeuses à l’aiguille agile, ce nouveau site vous propose des modèles de qualité à exécuter. Choisis avec soin, souvent traduits, ils viennent d’artistes du monde entier.

La variété des techniques, des thèmes, des influences permettra à chacune d’y trouver son bonheur, ou de faire de belles découvertes.

Les modèles sont accompagnés d’articles sur l’histoire de la broderie, ses techniques, son impact social, etc. Vous y trouvez aussi des portraits d’artistes ou d’associations et toute une liste d’actualités (livres, Salons, lieux de formation, etc.).

Parmi les articles concernant la broderie or, vous y retrouverez celui du mois de janvier dernier sur  »La vie de Saint Martin » et celui du mois de juillet « Opus teutonicum »… Et vous pourrez même y lire un article sur les aiguilles parmi tant d’autres sujets.

Pour celles qui cherchent de jolis modèles que l’on n’a pas vus et revus, je suis certaine que vous trouverez votre bonheur en visitant la rubrique  »Modèles » .

J’ai particulièrement aimé me balader dans la rubrique  »Portraits  » qui permet de découvrir des artistes pas forcément très connu(e)s mais qui pour autant réalisent de superbes broderies.

Je vous laisse le plaisir de découvrir « Le temps de broder » qui sera, j’en suis sûre, un agréable passe-temps entre deux moments de broderie.

Bonne lecture.

Matériel de broderie

Les différents types d’aiguille

Les tailles des aiguilles vont de 1 à 26.

Plus le numéro de l’aiguille est élevé, plus elle est fine.

Commençons par les aiguilles à bout pointu :

  • Aiguilles Patchwork : fines, courtes, à bout pointu et à chas rond.
    A utiliser pour le patchwork, le boutis
  • Aiguilles longues (sharp) ou demi-longues : fines, longues, à bout pointu et à chas rond
    A utiliser pour la couture ou la broderie (traditionnelle, broderie blanche, peinture à l’aiguille, …)
  • Aiguilles à perles : très fines et très longues
    A utiliser pour enfiler des perles
  • Aiguilles mode : très longues, à chas rond
    A utiliser pour faire des plis, travailler avec des perles, pour fabriquer des chapeaux, très utiles pour bâtir.
  • Aiguilles à repriser : longues, grosses, chas long
Aiguilles à bout pointu : aiguilles à courtes à patch, aiguilles longues, aiguilles très fines et longues pour les perles

Passons maintenant aux aiguilles à bout rond :

  • Aiguilles tapisserie sans pointe : aiguille grosse, à chas long et à bout rond
    A utiliser pour le canevas, pour le travail à laine
  • Aiguilles à broder : aiguille moyenne à chas long et à bout rond
    A utiliser pour le point de croix, le Hardanger et les ouvrages à point compté
  • Aiguilles ruban ou chenille : aiguille à chas très long
    A utiliser pour la broderie au ruban ou à la chenille
  • Aiguilles à bout rond et chas rond : Ce type d’aiguille est peu courant mais bien utile pour travailler les jours par exemple
Aiguilles à bout rond : aiguilles à tapisserie, aiguilles bout rond et chas rond, gros pieux pour la travailler la laine

Pour rédiger cet article et vous proposer ces deux photos, j’ai fouillé dans mes fournitures mais je vous recommande plutôt ce site qui offre un visuel de chaque type d’aiguille avec une explication sur son utilisation :

https://www.petitcitron.com/techniques-de-couture/les-aiguilles-a-coudre

J’espère que ce tour d’horizon vous permettra de choisir plus facilement l’aiguille adéquate pour vos ouvrages.

Matériel de broderie

C’est la mère Michèle qui a perdu son chas

Dans le précédent article (ICI), nous avons abordé l’histoire de l’aiguille et je vous avais promis de passer à la pratique :

Comment choisir son aiguille ?

Le rôle de l’aiguille est de transpercer le tissu pour amener le fil de l’autre côté. Cette approche est vraie mais j’y rajouterais une notion importante, à savoir que :

Le trou fait par l’aiguille dans le tissu doit être plus gros que le diamètre du fil.

La raison en est simple, si votre trou est plus large que votre fil, cela réduit le frottement du fil contre le tissu et donc cela réduit l’usure de votre fil. Vu le nombre de fois où votre fil traverse votre tissu au cours d’une aiguillée, cet argument prend toute son importance. Il en découle une autre notion tout aussi importante : la longueur de votre aiguillée. En effet, si vous travaillez sur une toile serrée en broderie traditionnelle ou en peinture à l’aiguille par exemple, et si vous voulez que votre fil garde un aspect correct jusqu’au bout

votre aiguillée ne doit pas excéder une coudée .

Bon, voilà déjà deux indices mais nous n’avons pas encore retrouvé le chas de la mère Michèle. Doit-on chercher un chas rond ou un chas long ?

Là aussi, tout dépend du fil que vous allez utiliser.

Si vous brodez avec un fil rond, il est impératif d’utiliser une aiguille à chas rond.

L’aiguille du haut est à bout pointu et chas rond. L’aiguille du bas est à bout rond et chas long.

L’exemple typique est le fil perlé. Les aiguilles à chas long le détordent et l’abiment définitivement : à bannir.

L’aiguille en haut est une aiguille à chas rond. Celle du bas, qui a un chas long a détorsadé le fil perlé.

Autre avantage du chas rond, il réduit le frottement du fil à l’intérieur du chas et donc l’abîme moins, d’où ma préférence du chas rond pour travailler avec du perlé, avec un brin de mouliné, avec de la soie ou de la rayonne.

Autre piège à éviter, toutes les aiguilles vendues pour « Aiguilles à broder » sont des aiguilles à chas long car elles sont vendues pour le point de croix mais pas pour la broderie traditionnelle. Si vous cherchez des aiguilles à chas rond, dirigez-vous plutôt vers les aiguilles à coudre pour trouver votre bonheur.

L’autre choix essentiel est l’autre bout de l’aiguille : doit-il être pointu ou rond ?

L’aiguille à bout rond est utilisée pour piquer dans les trous du tissus.

Pour les broderies à point compté, point de croix, Hardanger entre autre, il faut piquer entre les fils du tissu. L’aiguille à bout rond glisse sur les fils du tissu et permet de se placer dans le trou. A préciser que les aiguilles à bout rond ont généralement un chas long.

L’aiguille à bout pointu est utilisée pour piquer dans la toile.

Pour toutes les techniques où l’on doit piquer à un endroit précis dans le tissu, il est important de choisir une toile à trame très serrée et une aiguille à bout pointu. Cela concerne entre autre la broderie traditionnelle, la peinture à l’aiguille, la broderie blanche. Et un chas rond est préférable.

En résumé :

Point de croix, Hardanger, jours à fils serrés, jours d’Angles : Aiguille à bout rond

Broderie traditionnelle, peinture à l’aiguille, broderie blanche, broderie crewel : Aiguille à bout pointu et chas rond

La prochaine fois, on parle des différentes catégories d’aiguilles avec leur petit nom.

Matériel de broderie

Ca pique !

En cours, j’ai entendu maintes fois cette question :  »Quelle aiguille dois-je prendre ? » ou  »Pourquoi dois-je changer d’aiguille, elle va bien la mienne, d’ailleurs je n’ai que ce modèle ? ».

Entrez dans une mercerie et prenez le temps de regarder le présentoir à aiguilles. Vous en trouverez des petites et des grosses, certes mais pas que cela. Certaines sont pointues, d’autres à bout rond. Certaines sont longues, d’autres sont courtes. Certaines ont le chas rond, d’autres ont le chas long. Autant de différences pour autant d’usages.

Et si on faisait d’abord un petit tour d’histoire. Voici un article que j’ai trouvé sur un site anglais (https://www.ngv.vic.gov.au/the-sewing-needle-a-history-through-16-19th-centuries/) et que je vous livre en français.

L’aiguille a joué un rôle prépondérant dans l’histoire et dans l’évolution de l’homme.

Une des premières histoires faisant allusion à l’aiguille remonte à la Bible quand Adam et Eve ont cousu des feuilles de figuier pour s’en habiller modestement. Le Coran fait référence à l’aiguille comme étant l’un des cinq outils emportés au Paradis par Adam.

Des fouilles archéologiques prouvent que l’aiguille à chas date d’il y a environ 25 000 ans.

L’aiguille est aussi un vecteur social qui en dit long sur le rang social et l’identité de son propriétaire, sur la technologie d’un peuple et sur le transfert de technologie.

Du point de vue marketing, la première publicité imprimée concernant l’aiguille date de 1200 en Chine.

L’évolution de l’aiguille à coudre, entre 1600 et 1900, a fait l’objet de remarquables développements techniques. Le XVIème siècle a été le berceau de nouvelles technologies et a vu de nouveaux commerces se développer en Europe suite aux bouleversements politiques liés à l’invasion arabe en Espagne.

Les espagnols étaient passés maîtres dans la fabrication des aiguilles car ils avaient hérité des secrets de fabrication des artisans arabes puis leurs connaissances se sont transmises aux Germains.

Avant que le savoir espagnol n’arrive en Angleterre, les aiguilles anglaises étaient fabriquées par les forgerons, elles étaient grossières et rugueuses. Au début du XVIème siècle, les anglais ont commencé à importer du fil de fer d’Espagne et d’Allemagne qui est devenu la matière première qui a permis le développement de la fabrication des aiguilles en Angleterre.

A partir de 1567, l’importation du fil de fer ne fut plus nécessaire car l’Angleterre avait elle-même acquis cette technologie. La petite ville de REDDITCH allait devenir célèbre dans le monde entier pour la qualité de fabrication manuelle de ses aiguilles à coudre car ses meules à eau permettaient d’apporter une finition exceptionnelle. La première aiguille conservée fabriquée à Redditch remonte à 1639.

Sous le règne de Charles II, du fait de la mode vestimentaire demandant toujours plus d’ornements et de broderies, la demande d’aiguilles était en forte croissance.

Entre 1600 et 1800, Redditch a produit un million d’aiguilles par an, tant et si bien que la ville était connue et reconnue dans le monde entier au point qu’une ville près de Tokyo fut nommée exprès Redditch afin de pouvoir apposer en toute légalité la mention ‘’Made in Redditch’’ sur ses paquets d’aiguilles. On dit que le chas de l’aiguille de Redditch était si petit qu’un fil moderne ne passerait pas au travers hormis peut-être les fils de suture les plus fins.

Les avancées technologiques ont amené la révolution industrielle et la fabrication de ces petites aiguilles est devenue un métier toxique et dangereux du fait de l’introduction de machines outils à partir de 1828.

En 1824, environ 5 millions d’aiguilles étaient fabriquées à la main par semaine dans la région de Redditch. A partir de 1847, après avoir mis en place les machines outils, le débit hebdomadaire était de 50 millions. Un pointeur était capable de percer jusqu’à 100 aiguilles à la fois sur une meule et il avait un rendement de 10 000 aiguilles / heure.

La pneumoconiose, connue sous le nom de ‘’la pourriture du pointeur’’, était le résultat de l’inhalation de fines particules de métal et de poussières de meule qui allaient se loger dans les bronches. Les autres risques fatals étaient les coupures très graves liées au tranchant de la meule et la cécité liée aux échardes de métal qui pouvaient se loger dans l’œil du pointeur. En outre, pour empêcher la rouille, les aiguilles étaient roulées dans de la poudre d’amiante dont on connaît aujourd’hui tous les dangers pour les poumons. L’espérance de vie d’un pointeur était de 35 ans, soit cinq à six ans de travail dans l’industrie de l’aiguille avant que n’apparaisse la maladie.

L’aiguille au cours de ces 400 ans a évolué dans son apparence. Vers 1600, elle était exotique, il s’agissait d’un objet rare et précieux, elle était conservée et admirée comme un trésor. Elle reflétait le succès d’une industrie artisanale. Une aiguille d’or ou d’argent était un cadeau d’une très grande valeur que l’on rangeait dans une poche elle-même rangée dans une ceinture à la taille de la maîtresse de maison.

Avec l’arrivée de la révolution industrielle, l’aiguille est devenue un objet de première nécessité pour la ménagère, un objet commun à portée de bourse et de main qui en ont fait un objet négligé en regard du travail demandé pour le produire.

Cependant,  ce petit outil de génie a permis aux hommes de créer les vêtements nécessaires à la survie. Il s’est diversifié et a progressé à travers les siècles, a été un objet d’échange et une arme formidable de commerce établissant un lien entre les continents et les cultures.

Voilà l’article est fini.

Pour le compléter, pourquoi pas visiter la seule fabrique d’aiguilles à coudre en France : la manufacture BOHIN située en Normandie à Saint Sulpice sur Risle (61300) qui est référencée patrimoine culturel. Personnellement, je n’ai pas eu la chance d’y aller mais je le garde dans un coin de la tête.

La Manufacture Bohin – St Sulpice sur Risle
Photo tirée du site de Bohin – Création du chas pour deux aiguilles tête bêche
La Manufacture Bohin – St Sulpice sur Risle
Photo tirée du site de Bohin – Travail de la pointe des aiguilles
La Manufacture BOHIN – St Sulpice sur Risle
Photo tirée du site de Bohin – Tri des aiguilles

Dans le prochain article, on rentre dans le vif du sujet : A quoi ressemblent et servent les petites, les longues, les pointues et les qui piquent comme dirait Pierre PERRET.

Matériel de broderie

Petit complément à la décalque

Dans le dernier article, nous avons parlé décalque et nous avons passé différentes solutions en revue (ICI).

J’ai vu à plusieurs reprises dans différents blogs l’utilisation des stylos FRIXION Ball de chez PILOT. Je ne mettrai pas de photo, je crois que je viens déjà de faire une bonne publicité… Ces stylos ont une encre spéciale qui, sur du papier, s’efface avec l’embout du capuchon.

Personnellement, je m’en suis beaucoup servie pendant le confinement pour réutiliser les attestations de déplacement, sachant que c’est illégal mais que je ne conçois de jeter autant de papier pour n’améliorer en rien la situation au final. (Je précise que je n’ai pas internet sur mon téléphone).

Sur du tissu, avec ce stylo, si vous passez un coup de fer à repasser, le trait disparaît et si vous le mettez au congélateur, il réapparaît. C’EST MAGIQUE !

Bien évidemment, lors des cours de broderie, la question piège est vite tombée :

Et dans le temps, ça donne quoi ?

Ben oui, vous pouvez mettre du sel dans de l’eau, vous chauffez et … C’EST MAGIGUE ! Vous ne voyez que l’eau mais, pour autant le sel n’a pas disparu et votre eau est définitivement salée.

Conclusion, Y’A SUREMENT UN TRUC ! D’ailleurs, il y a un physicien, M. LAVOISIER, qui a dit  »Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Faute de pouvoir vous donner une réponse avec plusieurs années de recul, je vous soumets une photo :

Je vous explique : j’ai mis en route un ouvrage sur tulle et j’ai choisi de le décalquer avec un stylo FRIXION mais ma décalque était mal centrée. La solution était donc de passer un coup de fer à repasser et de recommencer.

Oh surprise, certes, en haut, la couleur bleue a disparu et, suivant la lumière, effectivement on ne voit plus rien… mais suivant la lumière, on voit encore nettement le tracé et celui-ci ne disparaîtra à priori jamais, voire même se renforcera.

Conclusion, prudence avec les stylos FRIXION et n’oubliez pas :

VOTRE TRACE DOIT ETRE LE PLUS LEGER POSSIBLE ET DOIT ETRE RECOUVERT PAR LA BRODERIE.

Sur ce, BONNES FETES A VOUS TOUS ET TOUTES, profitez de vos proches et n’oubliez pas de vivre, et éventuellement de broder.

A l’année prochaine.